Il fut un temps où l’on repérait un bobo à son tote-bag et à ses lunettes en écaille. Aujourd’hui, c’est devenu plus difficile : la bête a muté. Elle se déplace en vélo électrique à 4 000 euros, mange du tofu issu du commerce équitable (mais livré par un migrant sous-payé), prêche la sobriété heureuse les pieds dans un loft avec verrière. Bref : le bobo est devenu écolo-bobo, et surtout populo-phobe.
Les nouveaux vertueux de salon
Dans le petit monde des lofts parisiens, on s’inquiète du climat, des droits humains et de la planète… entre deux vols long-courriers vers le Costa Rica “pour recharger les batteries”.
On pleure la fin du service public, mais on met ses enfants à Stan’ ou à l’École alsacienne.
On soutient l’agriculture bio, mais on commande ses courses sur une app livrée par un Afghan qui pédale 60 heures par semaine.
La planète doit être sauvée, oui, mais par les autres.
Le peuple ? Quel peuple ?
Le drame de ces élites en col roulé, c’est qu’elles ont oublié qu’il existe encore en France des gens qui gagnent moins que le salaire médian – ces obscurs, ces sans-grade, ces Français qui n’ont pas de résidence secondaire en Drôme provençale.
On les appelle “beaufs”, “réacs”, “territoriaux”, parfois même “inquiétants”.
Bref : tout ce qui n’habite pas à 15 minutes à vélo d’un café avec cappuccino au lait d’avoine.
Utopistes hier, donneurs de leçons aujourd’hui
Ces nouveaux maîtres à penser sont les enfants des soixante-huitards enthousiastes, anarcho-gauchistes du dimanche qui rêvaient d’un monde plus juste.
Chez eux, l’utopie a tourné au patrimoine.
Protégés, surprotégés, bardés de diplômes, ils ont hérité d’un imaginaire révolutionnaire… et d’un compte en banque rembourré.
Résultat : une génération persuadée que la liberté, c’est sacré — surtout la leur.
Alexander Grothendieck, mathématicien devenu prophète écolo, avait flairé le piège : l’utopie, c’est joli, mais ça finit rarement en plan de société. Aujourd’hui, ses héritiers spirituels ne vivent plus dans une cabane ariégeoise, mais dans un duplex haussmannien.
Les “Néo/Post-Bobos” : écolo, techno et très très propriétaires
Ils se disent anti-système, alors qu’ils sont le système.
Écologie intégrale, mais clim à 18° l’été.
Anti-OGM, mais pros panneaux solaires chinois.
Flexitariens, sauf dans les brunchs du dimanche.
Yogis, mais avec un abonnement premium.
Libertaires, mais surtout pour la fiscalité.
Ils dénoncent la société de consommation tout en l’alimentant à coups d’iPhones et de smoothies.
Clouscard les avait flairés : bourgeois libéral-libertaires, économiquement de droite, culturellement de gauche, politiquement en même temps. On ne pouvait pas mieux dire.

La nouvelle domesticité 2.0
Leur vie est si soutenable qu’il faut des armées de livreurs précaires pour la soutenir.
Gorafi ? Non, réalité.
La clochette du XVIIᵉ s’est transformée en notification Uber Eats, mais le principe reste le même : ce sont les pauvres qui apportent le dîner des riches.
Et surtout, ne parlons pas de pourboires : l’écolo-bobo est généreux en valeurs, moins en monnaie.
“Quartiers à 20 minutes” : oui, mais pas pour aller bosser
Les urbanistes bobos rêvent de villes où tout est à portée de main.
École, soins, culture : parfait.
Mais le boulot ? Ah non, ça, c’est trop loin : le siège de la start-up est dans un autre arrondissement, et c’est fatigant de pédaler en doudoune Canada Goose.
Industrie : beurk, ça sent le peuple
L’usine ? Trop sale.
Le nucléaire ? Trop ringard.
L’acier ? Trop masculin.
Résultat : le pays s’est désindustrialisé à force de traiter l’industrie comme un truc de ploucs.
La France a choisi les applis, les slides PowerPoint et les cafés bio… mais pas l’emploi productif.
Politique : quand l’entre-soi produit le populisme
À force de donner des leçons au peuple, les bobos ont créé ce qu’ils redoutent : la montée de ceux qu’ils appellent “populistes”.
Les Français en veulent aux élites ? Étonnant.
On les accuse de voter “mal”, alors qu’ils constatent juste que leurs vies n’intéressent plus personne — sauf quand il s’agit d’en faire un documentaire sur Arte.
La France périphérique se réveillera-t-elle ?
Tandis que nos écolos-bobos comparent leurs composteurs, la France rurale mange des menus Best Of dans des zones commerciales.
Elle bosse, elle galère, elle paye.
Et elle regarde, amusée ou furieuse, ces élites urbaines qui prêchent la mixité sociale — mais surtout pas dans leur immeuble.
Un jour, les silencieux pourraient cesser de se taire.
Et ce jour-là, les bobos risquent de découvrir que l’histoire ne se passe pas uniquement sur Netflix.
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