Le XXIᵉ siècle marque-t-il l’émergence de contre-sociétés post-idéologiques ? Ou sommes-nous à l’aube de « post-révolutions » façonnées par une nouvelle forme de pouvoir : la médiacratie ?
Ou les électeurs courtisés par les populistes qui s’adressent à eux directement alors que les démocrates parlent aux médias … les électeurs donc, auraient ils oublié cette phrase de Platon « Pour être gouverné choisissez quelqu’un qui ne veut pas être élu »
Longtemps, dans les démocraties occidentales, les électeurs choisissaient entre des responsables politiques issus de parcours similaires, appliquant des programmes modérés, qu’ils soient de droite ou de gauche. Les divergences portaient essentiellement sur des sujets sociétaux — mariage pour tous, procréation médicalement assistée — mais les cadres institutionnels et économiques restaient relativement stables.
Aujourd’hui, ce paysage semble profondément bouleversé.
La montée du populisme et l’épuisement des modèles traditionnels
Le populisme progresse dans de nombreux pays. Il prospère sur un sentiment diffus de déclassement, de perte de repères et de défiance envers les élites. Les partis dits modérés paraissent impuissants face à l’érosion de leurs modèles politico-institutionnels.
Dans ce contexte, les populistes courtisent directement les électeurs, contournant les médiations traditionnelles, dont les médias, tandis que les responsables plus classiques continuent de s’adresser prioritairement aux médias. Cette transformation de la communication politique alimente une recomposition du rapport entre citoyens et pouvoir.
Les discours publics se concentrent désormais largement sur la morale, les inégalités et la dénonciation des privilèges. Les qualités techniques, la compétence programmatique ou la cohérence idéologique semblent parfois reléguées au second plan.
Des citoyens devenus « télé-électeurs »
La politique contemporaine s’inscrit dans une logique d’immédiateté médiatique. Les citoyens, devenus « télé-électeurs », exigent des responsables politiques « propres » — au sens moral et symbolique du terme. La probité perçue prime parfois sur la maîtrise des dossiers.
Il en résulte une raréfaction des débats de fond. Les programmes détaillés, pourtant cœur de la vie démocratique, cèdent souvent la place à des affrontements émotionnels et à des stratégies d’influence.
Le retour des thèses de Gustave Le Bon ?
Cette évolution rappelle les analyses du controversé anthropologue et psychologue social Gustave Le Bon. Dans Psychologie des foules, il décrivait des masses guidées par des sentiments simples et extrêmes, acceptant ou rejetant les idées en bloc, sans nuance.
Selon lui, la foule ne tolère ni la contradiction ni la discussion. Elle agit sous l’effet de la suggestion plutôt que du raisonnement. L’anonymat collectif libérerait les pulsions, exacerbant la violence verbale et l’intolérance.
À l’heure des réseaux sociaux, ces thèses résonnent singulièrement. La responsabilité individuelle s’y dilue, et les opinions tranchées s’y propagent avec une rapidité inédite.

Un parallèle avec Fiodor Dostoïevski
On peut également établir un parallèle avec l’univers de Fiodor Dostoïevski. L’écrivain russe, inquiet pour le destin de son pays, dénonçait les mouvements révolutionnaires influencés par le libéralisme occidental et l’athéisme. Il redoutait la désagrégation morale et spirituelle.
Aujourd’hui, des craintes comparables s’expriment, quoique sous d’autres formes, à l’extrême gauche, à l’extrême droite ou au sein de certains mouvements religieux. L’idée d’un « homme nouveau » refait surface : un individu appelé à lutter contre des forces perçues comme corruptrices — la finance mondialisée, l’Union européenne, l’immigration ou encore l’islamisme.
L’hypothèse d’un déséquilibre émotionnel
Certains analystes avancent une lecture plus anthropologique. L’écrivain et essayiste Arthur Koestler évoquait un possible « défaut de construction » de l’être humain. La croissance rapide du cerveau aurait créé un déséquilibre entre ses différentes structures.
Le cerveau reptilien — siège des instincts primaires —, le système limbique — centre des émotions — et le néocortex — associé à la raison et à l’abstraction — cohabiteraient difficilement. Cette tension expliquerait le divorce récurrent entre émotion et rationalité.
La vie politique contemporaine, marquée par l’hyper-émotion et la polarisation, illustrerait-elle une résurgence du primat instinctif sur l’analyse rationnelle ?
Vers une médiacratie ?
Les campagnes électorales et certains segments médiatiques sont aujourd’hui dominés par l’affect. L’émotion structure le débat public. Les réseaux sociaux amplifient les outrances, et la violence verbale se banalise.
L’exemple des relations entre Donald Trump et les médias illustre cette dynamique : confrontation permanente, accusations de « fake news », polarisation extrême. Certains y voient l’avènement d’une « médiacratie », où la visibilité médiatique prime sur la construction programmatique.
Une défiance profonde envers les élites
De nombreux citoyens expriment aujourd’hui un sentiment de mépris ressenti de la part des élites politiques, économiques et médiatiques. Les dirigeants seraient perçus comme insincères, éloignés des préoccupations des « Français d’à côté ».
Si la colère n’a pas encore totalement supplanté les institutions, le risque d’une fragmentation durable demeure. Dans des pays marqués par l’endettement et une croissance faible, l’installation de contre-sociétés pourrait, à terme, fragiliser profondément la cohésion nationale.
La question reste ouverte : assistons-nous à une simple phase de transition politique ou à une transformation structurelle de nos démocraties ?
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