Quand Beijing étouffe la démocratie à Hong Kong


Ou quand les ex-colonisés défilent avec le drapeau de l’ex-colonisateur. Refaisons tout d’abord un peu d’histoire. Car oublié par beaucoup que l’île de Hong Kong avait été achetée par la Grande-Bretagne en 1842 et était donc définitivement acquise. Oublié aussi que la péninsule de Kowloon avait elle été louée en 1860 . S’étaient ajouté en 1898 la location des nouveaux territoires. Oublié enfin que l’île de Hong Kong ne pouvait survivre sans Kowloon et les nouveaux territoires (neuf dixièmes de la surface) où sont situés les barrages de retenue d’eau, les centrales électriques et de nombreuses entreprises et habitations.  

Bail de location de Kowloon et des Nouveaux Territoires ou NT arrivant à échéance en 1997.

Margaret Thatcher qui souhaitait vraisemblablement (mais cela reste à confirmer) le renouvellement de ce bail n’avait semble-t-il pas envisagé lors de sa première visite en Chine en 1982  le refus des Chinois Une époque ou Margaret ressentait d’après ce que l’on a pu savoir, une responsabilité morale vis-à-vis des Hong Kongais, et ou la Chine pas encore puissante était elle prudente car une grande partie de ses devises étrangères provenait des activités de Trading et de Finance de la colonie.

Un accord négocié en 1982 entrant en vigueur en 1997

Les Britanniques furent alors obligés d’accepter la rétrocession à la Chine de l’ile de Hong Kong qui leur appartenait. Cela quinze ans plus tard en 1997 à l’échéance des baux sur Kowloon et les Nouveaux Territoires ou NT. Le Traité définit aussi le principe de « un pays deux systèmes » Hong Kong conservant son système capitaliste et son autonomie jusqu’en 2047. Une autonomie excluant la défense et les affaires étrangères.

Et, le 1er juillet 1997, la Grande-Bretagne rétrocéda Hong Kong Kowloon et les nouveaux territoires à la Chine.  Et Hong Kong devint une zone administrative spéciale ou SAR.

Les engagements ont-ils été tenu

Et bien non! Dès 2003 la Chine tenta d’abolir l’élection du conseil législatif au suffrage universel. Après quelques manifestations le projet communiste fut abandonné. Mais la chine patiente retenta d’opération l’année suivante et cette fois elle dû faire face à la révolution des parapluies. Enfin l’année suivante encore la Chine arrêta et emprisonna pour la première fois en Chine des intellectuels reconnus critiquant le pouvoir.

Plus récemment avec l’intensification de la guerre commerciale entre la Chine et les US l’exécutif de Hong Kong tenta de faire voter une loi dite de sécurité nationale permettant d’extrader vers la Chine communiste les personnes arrêtées à Hong Kong. Le but caché étant de pouvoir extrader des binationaux Hong Kong Américains ou Hong Kong Canadiens qui auraient pu faire du lobbying ou être des agitateurs à la solde de puissances étrangères. Et, cette loi mit encore des centaines de milliers de manifestants dans les rues.

Lire sur l’évolution de la diplomatie chinoise : https://bernard-jomard.com/2020/06/17/pourquoi-depuis-le-covid-les-ambassadeurs-chinois-sont-ils-de-moins-en-moins-diplomates/

Quel avenir pour ce nouvel Hong Kong

Il est clair que depuis cet été c’est la fin anticipée de l’autonomie qui devait pourtant subsister jusqu’en 2047, Hong Kong mise au pas communiste ne sera plus la même, les HongKongais ayant perdu confiance en leurs autorités. Cela, car la Chine a considéré que les démocrates de Hong Kong s’étaient rendus coupables de trahison en demandant l’aide des démocraties occidentales, dont de l’ennemi américain. S’exprimer ouvertement à Hong Kong aujourdhui peut être facilement considéré comme subversif ou sécessionniste, personne ne sachant situer les lignes rouges.  Lire sur la position Chinoise vis-à-vis de Trump : https://bernard-jomard.com/2020/07/30/alors-que-trump-attaque-la-chine-xi-jin-ping-vote-lui-pour-trump/

Grâce à cette nouvelle loi de sécurité nationale, les autorités ont mis en oeuvre la méthode « communiste », et, le bureau de liaison du gouvernement central a pris le contrôle. Un bureau qui fait assez ouvertement du renseignement, et de l’intimidation. Un bureau qui a aussi créé un Journal et on ne sait plus très bien si untel est un journaliste ou un agent de renseignements luttant contre les soi-disant collusions avec des forces étrangères.

Qui a réagi depuis

Il est évident que ces activistes qui souhaitent que Hong Kong ne devienne pas une ville Chinoise comme les autres ont besoin du support de la communauté internationale. Et,         

Premiers à réagir, les Américains qui avaient voté un statut préférentiel spécial pour Hong Kong et le « made in Hong Kong » qui facilitait l’accès au marché américain, ils ont mis fin à ce statut. Et, le fils de Carrie Lam la cheffe de l’exécutif relativement pro Pékin a du quitté Harvard ou il étudiait. Comble d’humiliation, Carrie Lam ainsi que d’autres dirigeants politiques locaux ont même vu leurs cartes de crédit, toutes US bien sûr bloquées. Ces pro Pékin se sont vus privés de transaction par l’extra-territorialité des lois américaines.

Quant à la Grande-Bretagne Londres a étendu les droits à l’immigration des résidents de Hong Kong. UN Royaume-Uni qui se dit prêt à ouvrir ses portes aux résidents de son ancienne colonie détenteurs d’un passeport britannique d’outre-mer. 350.000 Hong Kongais sont détenteurs de ce passeport. Il y a aussi sur une population de 7,5 millions près des 2,9 millions de Hongkongais nés avant la rétrocession de 1997, qui sont éligibles à l’obtention du dit passeport. Un apport de main d’œuvre disciplinée travailleuse et affairiste bienvenue en cette période de Brexit.

La France elle, n’a pas, semble-t-il pas pris position et n’a pas retiré le titre d’officier de la Légion d’honneur à Carrie Lam la cheffe de l’exécutif.

Lire sur la guerre commerciale : https://bernard-jomard.com/2019/06/17/guerre-commerciale-en-fait-depuis-2013-ce-sont-les-chinois-qui-narguent-les-americains/

Que peut-il se passer demain

On ne peut qu’être triste et un peu honteux vis-à-vis des leaders de ce mouvement pro démocratie. dont les jeunes Joshua Wong, Agnes Chow, Girafe Leung, Gwyneth Ho, Sixtus Baggio Leung, et du moins jeune Jimmy Lai créateur du Tabloid pro democratie le Apple Daily, richissime créateur de la marque de prêt à porter Giordano, cédée depuis, . Car il est évident que le monde occidental ne défendra pas les Hong Kongais. Et Beijing va méthodiquement, Implacablement, et brutalement, resserrer son étreinte.

Car comme on le sait tous la Chine a besoin d’une place financière internationale, et Hong Kong est la deuxième ou troisième place financière du monde. Une Chine avait tenté elle de re créer cette place financière à Shenzhen une ville à moins d’une heure et siège de Huawei. Mais Shenzhen n’a pas l’indéfinissable charme de Hong Kong et la greffe n’a pas pris. Et enfin les 70 ou 80 grandes banques installées à Hong Kong ont prêter allégeance au régime de Beijing.

Autre point inavouable c’est que les riches Chinois du « mainland » ont besoin d’un paradis fiscal capable de garder secret leurs investissements aussi bien à Hong Kong qu’offshore. Et ça les banques de Hong Kong savent très bien le faire et leurs dirigeants et actionnaires veulent naturellement conserver ce gâteau

Compte tenu de ces éléments et étant donné que les Chinois sont des pragmatiques on ne peut qu’être impressionné par leurs succès au cours des trente dernières années , baisse de la pauvreté, mondialisation, modernisme, industrie, spatiale, etc. Ceux-ci vont trouver un statu quo avec les occidentaux après les élections US. Cela sans perdre la face et sans oublier leur objectif devenir la première puissance mondiale en 2049 après avoir lentement vassalisé économiquement de nombreux pays. Enfin ayant résidé pendant 10 ans à Hong Kong j’ai bien peur d’avoir perdu l’atmosphère indéfinissable de cette civilisation britannico chinoise cultivée drôle organisée et assez proche des Français.  

Lire Quand Beijing étouffe la démocratie à Hong Kong : https://bernard-jomard.com/2020/09/04/quand-beijing-etouffe-la-democratie-a-hong-kong/

Lire Guerre économique Chine Vs USA : https://bernard-jomard.com/2019/06/17/guerre-commerciale-en-fait-depuis-2013-ce-sont-les-chinois-qui-narguent-les-americains/

Article publié sur Forbes et X autres médias sur deux continents.

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