Assistons nous à la Japonisation de l’économie européenne


Hier, et c’est une première, les sociétés allemandes de crédits ont commencé à proposer aux consommateurs des crédits à taux d’intérêt négatifs. Demain, la question qu’il faudra se poser est , est-ce que cela annonce un ralentissement inexorable ou une stagnation séculaire.

En cet été 2019, la Croissance est encore revue à la baisse en Europe.

Ne fermons pas les yeux, en Europe, et particulièrement en France, les prévisions de croissance sont souvent revues à la baisse. L’insécurité socio-économique incite à sur épargner,et, cela génère des taux d’intérêt négatifs qui vont encore affaiblir le secteur bancaire. Lire https://bernard-jomard.com/2017/09/20/banques-europeennes-taux-dinteret/

Le risque de désinflation amène lui à reporter les décisions d’achats et d’investissements, sans oublier le vieillissement de la société, et une aversion croissante au risque. On ne peut citer tous ces signaux faibles qu’on a trop tendance à écarter.

Différence avec les États unis

En quoi sommes-nous différents des États-Unis de Trump ou les prévisions de croissance sont elles assez souvent revues à la hausse. Cela s’explique par le fait, que dans cette Amérique très libérale, les cycles et capacités de rebonds sont beaucoup plus nombreux, plus d’une dizaine depuis la dernière guerre, alors que dans cette Europe sociale les cycles, moins de six sur la même période, sont eux lissés par les budgets de dépenses publiques.

Avec sa politique fiscale, et ses budgets d’investissements, le président US a en réalité initié une surchauffe de l’économie. Cette surchauffe et le faible taux de chômage ont incité les entreprises à faire des gains de productivité, alors que les gains de productivité se sont évaporés en Europe.  

Ce qui aussi étonnant c’est que cette pénurie de main-d’œuvre et ce moteur de croissance que sont les gains de productivité n’ont pas généré une inflation incontrôlable, qui aurait alors cassé la croissance.

Lire sur guerre économique entre la Chine et l’Europe https://bernard-jomard.com/2019/06/17/guerre-commerciale-en-fait-depuis-2013-ce-sont-les-chinois-qui-narguent-les-americains/

Sommes-nous devant une stagnation séculaire

Pourquoi l’Europe risque d’être la première à entrer dans une stagnation séculaire à la Larry Summer ou un ralentissement inexorable à la Robert Gordon ?

Parce qu’en Europe moins touchée que les USA par les crises cycliques, les classes moyennes inférieures assez choyées ont plus l’impression d’avoir été appauvries par la mondialisation, tout en oubliant qu’elles ont bénéficié de baisses de prix de très nombreux produits.

Dans cette Europe où il y a encore des communistes malgré la faillite de ce modèle, on pense encore que pour vaincre l’extrême pauvreté il faut combattre l’extrême richesse. Une Europe où l’on ne veut pas admettre que la mondialisation a sorti près de 700 millions de personnes de la pauvreté. Enfin une Europe où l’on est de plus en plus opposé à l’économie de marché appelée libéralisme, alors que même la Chine communiste s’y est mise. Bien évidement ce système à ses défauts, mais il est aussi évident que le libéralisme ou ordo-libéralisme nous a permis d’avoir des vies meilleures et plus riches que celles imaginées par nos parents, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Enfin il faut savoir que si la mondialisation a diminué les inégalités entre pays, elle les a augmenté à l’intérieur de chaque pays.

Ce système basé sur la concurrence et la décentralisation a, comparé à d’autres systèmes comme le communisme démontré son efficacité depuis plus de 70 ans. Il nous a permis de surmonter les chocs pétroliers, il a remis les États unis dans la cour des grands, il a aussi permis à la Grande-Bretagne d’échapper à un déclin inexorable, enfin il a permis à l’Allemagne, à l’Autriche entre autres de devenir des nations équilibrées et solides. Lire sur l’ordo libéralisme à l’Allemande ou à l’Autrichienne https://bernard-jomard.com/2016/02/02/comprendre-l-ordo-liberalisme-et-la-cause-du-chomage-en-france-depuis-1975/

Bienfaits du libéralisme et du libre échange.

Aujourd’hui grâce au libre-échange et au digital, la plupart des consommateurs disposent d’offres mondiales. Bien sûr, le consommateur qui in fine a toujours raison et le travailleur ne font qu’un, et bien évidemment ils ont des positions divergentes, car on veut tous des prix bas et un pouvoir d’achat qui augmente.

Il en résulte que cette nouvelle concurrence liée à la répartition internationale du travail rencontre de plus en plus de résistance de la part des couches moyennes inférieures alors qu’elles ont toutes fortement bénéficié des gains de pouvoir d’achat.

Cette concurrence a aussi privé les travailleurs européens aigris, au mieux de gains de pouvoir d’achat au pire de leurs emplois.

Enfin en France particulièrement, peu font la différence entre le capitalisme et le libéralisme. A cela s’ajoute la Finance qui a envahi le monde sans vraiment générer de valeur ajoutée pour l’industrie et le commerce, et, surtout pour les classes moyennes inférieures.  

La Chine est elle dans la situation du Japon des années 80″

Depuis début 2019 la Chine enregistre son plus bas taux de croissance depuis 30 ans. D’autre part, elle enregistrait aussi, 10,5 naissances seulement pour 1000 habitants un taux jamais vu depuis la création du régime communiste il y a 70 ans.

Comment expliquer cet essoufflement de l’économie.Face à une surchauffe et Confronté à une dette de plus en plus ingérable Beijing s’est attaqué à assainissement de son secteur financier. Pour cela le gouvernement a renforcé la réglementation bancaire, et, ces restrictions sur le crédit ont affaibli la demande des consommateurs grands utilisateurs de plateformes de prêts.

Les autorités chinoises ayant pris conscience que la prévention des risques financiers devait être une priorité, elles ont aussi réduit fortement les crédits aux PME et PMI qui elles n’ont pas accès aux financements offerts par les grandes banques publiques chinoises.

Enfin autre faiblesse, les réformes structurelles ont été sans cesse reportées dans ce pays qui avait planifié de doubler son PNB entre 2010 et 2020. On retrouve aujourd’hui en Chine la situation économique du Japon des années 1980. Baisse de la natalité et hausse des salaires auquel il faut ajouter la guerre économique avec les USA qui rappelle celle avec le Japon Lire billet récent sur essoufflement de la Chine :https://bernard-jomard.com/2020/02/28/la-chine-sessouffle-telle-ou-assiste-t-on-a-leffondrement-de-son-modele/

Autre point important Souhaitons-nous consommer toujours plus

Rappelons l’accélération de la croissance sur le long terme. Doublement du PIB mondial entre 1000 et 1500, soit 500 ans, entre 1500 et 1700 soit 200 ans, entre 1700 et 1820 soit 120 ans, entre 1820 et 1870 soit 50 ans, entre 1870 et 1913 soit 40 ans, entre 1913 et 1950 soit 40 ans, entre 1950 et 1965 soit 15 ans, entre 1998 et 2010 soit  12 ans. Si on est un tant soit peu visionnaire aujourd’hui et alors que l’on a de plus en plus une conscience écologique, quelle période de doublement du PIB mondial ou modèle économique global voulons nous promouvoir en augmentant l’endettement.  Lire sur le « bonheur » de la consommation https://bernard-jomard.com/2019/11/04/%EF%BB%BFdiriger-une-entreprise-un-pays-cest-anticiper-ce-que-ferons-demain-les-citoyens-consommateurs/

Pour conclure, les peuples trop souvent trompés ont perdu confiance. Ils épargnent et se tourne aussi vers les populistes ce qui amènera vraisemblablement à une stagnation en Europe. Alors que les politiciens eux n’ont pas encore intériorisé le fait que l’utilisation à outrance d’outils financiers et monétaires, dettes, taux de change & autres Q/E n’est pas la solution à ce ralentissement inexorable. Des mesures non conventionnelles devraient être mises en œuvre, difficile à trouver pour nombre de dirigeants qui sortent tous du même moule, qui pensent tous la même chose et qui sont persuadés d’avoir toujours raison, alors qu’ils ont oublié ce qu’était la gestion d’un budget par un bon père de famille, qui lorsqu’il a trop de dettes commence par faire des économies avant d’espérer avoir une augmentation de ses ressources .

Les taux bas sont avant tout favorables à l’industrie financière et aux rachats d’actions, on retrouve peu leurs effets dans le secteur marchand.

Article déja publié sur X médias dont Forbes

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